Un "Biochèque" : une opportunité unique de transformer l’agriculture belge
- UNAB
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Retrouvez la note technique et budgétaire complète en bas d'article et via Thierry.vh@unab-bio.be
Sans nouvelle dépense publique, la Belgique pourrait réorienter 350 mi€ vers une alimentation durable et locale, générer 650 mi€ d’activité économique et créer plus de 2.000 emplois agricoles.
Le tout en réduisant les pesticides, en protégeant les captages d’eau, en diminuant la dépendance aux engrais importés et en soutenant nos fermes. Comment ? En transformant les Ecochèques mourants en « Biochèques ».
Aujourd’hui, les Ecochèques sont mis à disposition de plus de 2 millions de belges par un employeur sur deux, pour un montant total de 346 mi€ par an. Leur usage est devenu un immense “fourre-tout” : électroménager, bricolage, jardinage…et climatiseurs. Pour la plupart, il s’agit de biens d’équipement importés dont l’impact environnemental réel est discutable.
Dans le même temps, une catégorie d’usage progresse : l’alimentation biologique.
400.000 Belges utilisent leurs Ecochèques pour acheter du bio. Et contrairement à la plupart des autres catégories, ces achats soutiennent directement des filières belges. En grande distribution, par exemple, 89 % du lait bio, 96 % des œufs bio et plus de 98 % de la viande bio sont d’origine belge.
Nous avons ici une opportunité économique rare : utiliser un outil existant pour transformer un marché stratégique. Pas de bol : l’Arizona souhaite supprimer ces chèques. Les partenaires sociaux discutent en ce moment des modalités de leur disparition, mais les obstacles sont nombreux. Le transfert de leurs avantages vers les chèques-repas, par exemple, n’est pas si simple.
Dès lors, pourquoi ne pas sortir par le haut ?
Le Biochèque propose une réforme simple : conserver l’enveloppe actuelle et la réserver aux produits biologiques certifiés. Pas de nouvelle administration. Juste la réorientation d’un outil existant, avec en prime une traçabilité facilitée : le label bio est déjà très encadré, suivi et contrôlé.
L’effet économique potentiel est considérable. Les tableaux input-output du Bureau fédéral du Plan montrent qu’un euro injecté dans les filières agroalimentaires locales génère beaucoup plus d’activité domestique qu’un euro dépensé dans des biens manufacturés importés. Un Biochèque pourrait dynamiser le marché bio belge de 25 %.
Cette croissance aiderait enfin à créer les conditions économiques nécessaires à la transition agricole que tout le monde attend : la question des pesticides est brûlante, notamment autour des captages wallons.
A ce titre, l’agriculture biologique est en Champions League des systèmes agricoles : c’est une filière contrôlée, peu dépendante des intrants importés, plus résiliente face aux crises et capable de répondre simultanément à plusieurs défis : eau, biodiversité, santé publique, climat, revenu et attractivité agricole. Un hectare de bio, c’est un hectare sans pesticide de synthèse.
Une transition agricole suppose des débouchés, des prix et des marchés pour les productions bio. Le Biochèque agirait précisément là où les politiques environnementales et agricoles échouent souvent : du côté de la demande.
Cette proposition rencontre évidemment des défis : comme les Ecochèques actuels, le dispositif bénéficierait surtout à une catégorie de salariés. Mais s’appliquant à 30% des travailleurs, il est toutefois ce qui s’approcherait le plus d’une politique ambitieuse d’accès à une alimentation durable. Le second défi est économique : pour maximiser l’effet belge, cette réforme doit s’accompagner d’un suivi serré du secteur du retail afin d’éviter un recours accru à l’importation et d’augmenter la part de produits bio belges.
Mais ces limites ne masquent pas l’essentiel : pour une fois, une politique fiscale peut simultanément renforcer l’économie locale, soutenir les agriculteurs, améliorer la santé publique et protéger les ressources naturelles. What else ?
Alors que la transition écologique est souvent perçue comme une contrainte, le Biochèque raconte une autre histoire : celle d’une transition qui recrée de la valeur, du sens et des débouchés économiques réels dans un secteur qui semble en crise permanente, et pourtant tellement stratégique pour notre société.